Benoît SEVERAC

Nom : SEVERAC         

Prénom : BENOIT

Date de naissance : 19 août 1966

Ouvrages de l'auteur sur le site : 4

" Interview :" 

Des livres et vous : "Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ? Que faisiez-vous avant d’être écrivain ?"

Auteur :     

- La formulation de votre question me perturbe, car elle sous-entend qu’il y a eu un « avant » et un « après » l’écriture. Or, je n’ai rien arrêté pour devenir écrivain. Je fais toujours ce que je faisais avant d’être publié. Mon premier contrat d’édition (pour une nouvelle) est arrivé tard certes (2007, j’avais 41 ans), et l’envie d’être publié seulement cinq ans plus tôt, après avoir gagné un concours de nouvelle amateur (2002). Je suis, malgré mon âge, un « jeune » écrivain. Un ado disons maintenant. Cependant, je me rends compte que j’écrivais depuis toujours, bien que sans arrière-pensées éditoriales, sans prétentions… J’écrivais pourtant, et tout ce que j’ai fait dans ma vie m’a amené à ce que j’écris aujourd’hui, a développé la sensibilité que j’exprime dans mes romans. Donc je ne me retrouve pas dans cette dichotomie « avant / après l’écriture ». Je crois que sans le savoir, j’ai toujours été écrivain. Se trouver, trouver sa voie / voix, est parfois un lent processus.  Ça l’a été chez moi en tout cas.

Des livres et vous : "Quels genres aimez-vous lire ?"

Auteur : 

-Je suis auteur de romans noirs mais je lis autant de littérature dite « générale » voire « classique » que noire et policière. Je raisonne moins par genre que par continent ou pays. Je suis fan du 19ème français et de l’entre-deux-guerres, en France comme en Allemagne. J’adore les Anglais (David Lodge, Tim Willocks et David Nicholls par exemple), ou les États-Uniens (Paul Auster, Philip Roth, Ed Mc Bain, parmi tant d’autres). Je ne sais pas si c’est une déformation mais j’ai tendance à voir du noir partout, de toute façon. Depuis deux ou trois ans, je découvre avec émerveillement l’Amérique du Sud (Paco Ignacio Taïbo II, Sepulveda, Alvaro Mutis, Gabriel Garcia Marquez etc.). Cette littérature est géniale, luxuriante, profonde, leurs romans sont des cathédrales. Je connais mal les littératures russe et japonaise… Je vais remédier à cela dans les années à venir. 

Des livres et vous : "En tant que lecteur, quel roman a marqué votre adolescence ? Quel roman jeunesse conseilleriez-vous aux internautes ?"

Auteur :

-L’appel de la forêt de Jack London et Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier sont mes deux grands romans de références préadolescentes (8-10 ans à peu près). Par contre, je n’ai aucun conseil de lecture à donner car ceci impliquerait qu’il y a des romans universellement bons, qui conviennent à tous, partout, quelle que soit l’époque ou la période de la vie. Or, ce n’est pas comme ça que ça marche. J’ai fait beaucoup de rencontres avec des classes cette année grâce à mon roman Silence dans le cadre du prix des Incorruptibles. Il y a une réflexion que j’ai entendue de la bouche de certains élèves, voire, de la part des enseignants eux-mêmes. Cette phrase est ce qui m’a le plus touché et le plus motivé à continuer à écrire pour les jeunes : « Je n’aime pas lire, mais j’ai adoré votre livre », ou version prof : « Il/elle n’aime pas lire, mais il/elle a dévoré votre roman ». Dans ces cas-là, je me dis intérieurement Wao, rien que pour ça, ça valait le coup d’écrire ce roman, mais je réponds systématiquement : « Alors, tu ou il/elle aime lire ! » et mon conseil de lecture pour ces élèves là est de choisir n’importe quel roman proche de Silence, dans la même collection Rat Noir de chez Syros par exemple, ou dans une collection « roman policier » chez un autre éditeur. S’il/elle n’y parvient pas, qu’il/elle s’adresse à son/sa documentaliste ou libraire ou bibliothécaire qui saura le/la conseiller. Ces métiers existent exactement pour cela : servir d’intermédiaire, guider les lecteurs au cas par cas dans la jungle des romans qui sortent chaque mois. Aujourd’hui, les blogs comme le vôtre remplissent très bien ce rôle également.                                                                                                               

Des livres et vous : "Vos livres sont-ils tous destinés à un public d’adolescents ? Pourquoi vous adresser à ce type de public ?"

Auteur : 

-Non, j’écris aussi en littérature adulte. Je ne vois pas une énorme différence technique. Tout dépend du propos. J’écris pour les jeunes lorsque l’histoire que j’ai à raconter s’adresse davantage à eux, mais je fais toujours en sorte que les « grands » s’y retrouvent aussi, et j’essaie de faire preuve de la même rigueur dans mon écriture en « jeunesse » qu’en « adulte ». Contrairement à ce que pensent certains, écrire pour la jeunesse ne doit pas être « facile » ou exécuté « par-dessus la jambe ». Je ne traite jamais mon lectorat avec condescendance, j’essaie plutôt de faire appel à sa sensibilité et son intelligence. 

Des livres et vous : "Quelles difficultés rencontrez-vous dans la rédaction d’un roman ? Combien de temps mettez-vous entre la naissance d’un roman et son point final ?"

Auteur : 

-C’est très variable. Silence a été long à écrire (huit mois), parce qu’il a beaucoup évolué en cours de route. Le garçon de l’intérieur, qui est la suite de Silence et qui sortira en Septembre 2013, a été beaucoup facile (trois mois) parce que j’avais déjà les personnages en tête, le héros notamment, j’avais déjà le ton, et mon histoire (la trame) trottait dans ma tête depuis plusieurs années.

Des livres et vous : "Où et quand écrivez-vous généralement ?"

Auteur : 

- Je suis contraint par mes horaires de travail, car je ne gagne pas assez en droits d’auteur pour vivre de ma plume. Je suis professeur d’Anglais à l’école vétérinaire de Toulouse pendant la journée, et j’écris le soir (j’empiète un peu sur la nuit), les weekends, pendant mes vacances, le matin très tôt avant de partir au boulot… Dès que je peux. 

Quant au lieu, je peux écrire n’importe où (lit, bureau, jardin, train, café…) pourvu que j’aie du temps pour m’isoler mentalement et me plonger dans mon roman. Je ne peux pas écrire un quart d’heure par ci, un quart d’heure par là.

Des livres et vous : "Comment vous sentez-vous lors de la publication d’un livre ?"

Auteur : 

- C’est un mélange de sentiments de victoire et de soulagement (parce qu’il est toujours difficile de « placer » un manuscrit chez un éditeur, rien n’est jamais gagné et on tous des manuscrits refusés dans nos tiroirs, tôt ou tard), de fierté et bizarrement, de détachement parce que lorsqu’un roman sort, on est déjà passé à un voire deux autres.  Ce sont les rencontres avec les collégiens et lycéens qui m’ont forcé à replonger dans le monde de Silence et m’ont donné envie d’écrire une suite, que je n’avais pas du tout envisagée au départ. 

Des livres et vous : "Des infos sur votre prochain roman ?"

Auteur : 

Le garçon de l’intérieur donc, chez Syros, collection Rat Noir, à paraître en septembre 2013. Jules (le héros de Silence) neuf mois plus tard, après une année scolaire passée dans son centre pour sourds. Un roman très différent de Silence, dans lequel Jules est moins dans l’introspection et l’apprentissage de la vie en tant que sourd. Il va assumer sa surdité, être beaucoup plus proactif dans les événements qu’il traverse, beaucoup plus sûr de lui aussi, et mener une enquête en Alsace où ses parents ont loué un gîte pour les vacances, sur fond de résurgence du passé (occupation nazie, résistance etc.) à travers un fait divers contemporain en apparence anodin. C’est un roman beaucoup plus « policier » que Silence, avec un fond de noir tout de même car le présent est vu à travers le prisme de ce que certains ont été capables de faire à leurs congénères.

 

"Tribune libre :" 

Lisez la série de deux (bientôt trois) volumes relatant les aventures d’une jeune fille nommée Ava dans îles anglo-normandes, écrite par Maïté Bernard chez Syros en hors collection (le premier volume s’intitule Ava préfère les fantômes). Un délice de littérature d’aventure très british, digne héritière d’Agatha Christie. Des romans d’une qualité rare, tout en sensibilité et originalité. Un univers singulier.